En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour assurer le bon fonctionnement de nos services.
En savoir plus

Présentation

Edouard Lartet

Par admin edouard-lartet, publié le mardi 19 octobre 2010 22:29 - Mis à jour le jeudi 21 octobre 2010 17:30

(1801-1871)
 

Véritable autodidacte, Edouard Lartet incarne l’essor de la Paléontologie et la naissance de la Préhistoire au XIXème siècle. Cette passion pour les états anciens de la vie sur terre, née de la découverte des richesses paléontologiques du Gers, le conduisit à réaliser des travaux qui firent de lui l’un des naturalistes les plus influents de son temps, dont la carrière fut consacrée quelques mois avant sa mort par sa nomination de Professeur de Paléontologie au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris.

 

 

 

Biographie sommaire 

1801 : Naissance d’Édouard Armand Isidore Hippolyte Lartet, le 15 avril 1801 à Saint-Guiraud.

1820 : Licencié en droit à Toulouse.

1821 : Suit des cours au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Retour dans le Gers, où il exerce sa profession d'avocat et administre la propriété familiale, située à Castenau-Barbarens.

1834 : Découverte du gisement de Sansan. Premiers sondages.

1836 : Découverte à Sansan d'une mâchoire de singe anthropomorphe (Pliopithecus antiquus), qui jouera un rôle majeur dans l'interprétation de l'origine de l’homme. Entre en contact avec les paléontologues de l’Académie des Sciences, en particulier Henry Ducrotay de Blainville et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire.

1840 : Naissance de son fils, Louis Lartet (qui se fera connaître par ses travaux en géologie).

1851 : Assistant au Muséum d’Histoire Naturelle. Publication de la Notice sur la colline de Sansan. S’installe à Toulouse (1851-1853) puis à Paris.

1856 : Description du Dryopithecus fontani (grand singe anthropomorphe) de Saint-Gaudens. Avec Albert Gaudry, mène des recherches paléontologiques à Pikermi (Grèce).

1860 (à partir de) : fouilles à Massat (Ariège) puis dans l'abri préhistorique d'Aurignac (Haute-Garonne). Ensuite, en compagnie d’Henry Christy, fouilles dans plusieurs grottes de Dordogne dont ils font des gisements préhistoriques majeurs (Le Moustier, Laugerie-Haute et -Basse, Gorge d’Enfer, Les Eyzies, La Madeleine, le Pech de l’Azé).

1864 : Découverte du Mammouth gravé de la Madeleine ; chronologie des Temps Préhistoriques.

1865 : Membre de la commission d’organisation du Musée des Antiquités Nationales.

1866 : Nomination au poste de Président de la Société Géologique de France. Fouilles à Hallstatt (Autriche), avec Arthur John Evans et John Lubbock.

1867 : Préside la commission de l’Age de Pierre à l’exposition universelle de Paris ; préside le Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistorique de Paris.

1869 : Nomination à la chaire de Paléontologie au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.

1871 : Décès le 28 janvier 1871 à Seissan.

 

Lartet et la Paléontologie

 

Édouard Lartet était attaché à sa région d'origine et c'est tout naturellement qu'il y retourne après des études de droit, afin d'exercer son métier d'avocat et administrer la propriété familiale. A cette époque - nous sommes dans les années 1830 – beaucoup d’hommes cultivés nourrissent un intérêt pour l'Histoire Naturelle. Les traces d'activités passées, alors appelées "curiosités", sont souvent collectionnées sans qu'une grande différence soit faite entre les âges variés et les natures différentes des objets recueillis. Dans ce contexte, Édouard Lartet reçoit avec reconnaissance différents vestiges (antiquités dites "gallo-romaines", fossiles...) apportés, en guise de paiement, par les paysans des alentours qui viennent le consulter. La grande richesse en terrains fossilifères du Tertiaire de la région de Seissan amène l'avocat à s'intéresser de plus en plus au passé de son département à travers la paléontologie, alors en plein essor.

 

Le fait qui oriente définitivement Lartet vers cette science se produit en 1834. En retour d'une consultation gratuite, un berger du village de Sansan apporte à l'avocat une grosse dent qu'il a découverte sur ses terres. Intrigué et intéressé par ce fossile (une dent de Mastodon angustidens, éléphant fossile), il se rend sur le lieu de la découverte et procède à une campagne de sondages, afin d'explorer le site. Il s'avère alors que Sansan renferme un gisement de mammifères continentaux, dont la richesse et la valeur scientifiques n'ont jamais été démenties depuis cette date. A la suite de ses découvertes, Lartet écrit à Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire, professeur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Ce célèbre paléontologue est impliqué à cette époque dans un violent débat portant sur l'origine de l'homme et l'existence de mécanismes biologiques prouvant que des espèces séparées dans le temps peuvent dériver les unes des autres. Dans ce contexte, le nouveau gisement est considéré avec un très grand intérêt, les fossiles qu'il livre étant susceptibles de trancher ce débat passionné. La nouvelle de la découverte de Sansan par Lartet se répand donc rapidement dans le milieu de la paléontologie et le gisement gersois acquiert une renommée internationale.

 

Lartet et l’origine de l’Homme

 

Lorsqu'il découvre à Sansan en 1836 une mâchoire de Pliopithecus antiquus (genre de singe se rapprochant du Gibbon), Lartet se rend compte de l'importance de sa trouvaille. Cette découverte arrive à point nommé, au moment où un débat de tout premier intérêt déchire la communauté scientifique. En effet, deux écoles principales s'affrontent alors en Europe en ce qui concerne la conception du passé de notre planète et les êtres vivants qui l'ont peuplée. Le but de cette lutte est de rendre compte de façon précise de la présence dans le sol de restes d'animaux depuis longtemps disparus et de la succession dans le temps d'espèces différentes. Il est bon de rappeler que la théorie de l’Évolution ne sera proposée par Charles Darwin qu'en 1856. L'apparition de la vie sur Terre est généralement admise comme issue de la volonté divine (créationnisme).

 

Le premier courant de pensée est entretenu par la tranche conservatrice du milieu de la paléontologie. Fondé sur les principes bibliques de la création divine et du déluge, ce postulat indique que les animaux disparaissent de la surface de la Terre lors de catastrophes anéantissant plus ou moins régulièrement toute forme de vie (catastrophisme). Chaque grande phase de disparition est suivie d'une nouvelle création, donnant naissance à de nouvelles espèces qui disparaissent lors du déluge suivant, sans avoir changé de morphologie entre-temps (fixisme). La seconde théorie rend compte de la succession des espèces par transformation d'une espèce en une autre (transformisme) au travers des multiples pressions que le milieu naturel peut faire subir aux êtres vivants qui l'occupent.

 

Georges Cuvier

 

Ainsi, grâce à sa découverte du Pliopithecus antiquus de Sansan, Lartet est celui qui a mis fin à l'affirmation cuvierienne, passée à l'état de doctrine, selon laquelle il n'y avait ni singe ni homme fossiles. Mais, tout en établissant l'ancienneté de l'homme, Lartet ne soutenait pas sa descendance animale. Il est resté opposé au transformisme jusqu'à la fin de ses jours. Ce qui ne l’empêche de s’inscrire parmi les fondateurs de la Préhistoire.

 

Lartet et la Préhistoire

 

La découverte de la mâchoire de Sansan convainc Lartet qu'il est possible de trouver des fossiles de singes, voire d'hommes, dans des terrains anciens (datant de l'ère Tertiaire). La description en 1856 d'une mâchoire de Dryopithecus fontani, découverte à Saint-Gaudens, aux caractères encore plus anthropomorphes que le P. antiquus, renforce ses convictions.

 

Les fouilles de Massat (Ariège) en 1860 livrent des ossements d'animaux fossiles (notamment du Renne) associés à des silex taillés par l'homme et une représentation d'ours, gravée sur un bois de cervidé. La même année, le gersois entreprend les premières fouilles de l'abri d'Aurignac (Haute-Garonne). Il rapproche les renseignements fournis par les deux gisements et, tout en établissant la première chronologie des temps préhistoriques, Lartet amène la preuve absolue de la contemporanéité de l'homme et d'espèces animales disparues. Les bases de la préhistoire moderne sont désormais posées.

 

A partir de 1863, accompagné de son ami et mécène Henry Christy, Lartet explore de nombreux sites préhistoriques, notamment en Dordogne. Le site de la Madeleine (Dordogne) a particulièrement attiré l'attention des scientifiques lorsqu'il y découvre, en 1864, une gravure de Mammouth, figurée sur une défense d'ivoire appartenant à l’un de ces animaux. Cet événement met fin à une théorie prétextant que l'homme n'avait jamais été contemporain du Mammouth. En outre, l'étude des objets et de la faune recueillis à la Madeleine en 1863 et à Solutré (Saône et Loire) en 1864 lui permettent de distinguer ces deux cultures : respectivement le Magdalénien et le Solutréen.

Ainsi, en prouvant la coexistence de l'homme et d'animaux aujourd'hui disparus (Mammouth, Renne, Rhinocéros...) et en établissant l’une des premières chronologies des temps préhistoriques, à partir des faunes recueillies sur les différents gisements qu’il explore, Édouard Lartet est considéré par tous comme l’un des fondateurs de la préhistoire.